Bris de glace au Spf 63

Les livreurs du secours populaire du Puy-de-Dôme

D’abord, le Secours populaire, j’en ai souvent entendu parler. Je connais, ils aident les démunis, vendent pas chers des vêtements récupérés, servent des repas et font tout un tas de choses comme ça.


Ce n’est pas un gros travail, quelques bénévoles, des retraités souvent, collectent de temps en temps à la superette et ensuite distribuent les nouilles et les boîtes de conserves.

Je commence par leur passer un coup de fil. Une voix m’indique aussitôt que je peux passer un après-midi de la semaine pour discuter et voir un peu comment je peux donner un coup de main. En fait, j’ai un peu de temps libre. En le passant à aider les pauvres gens – des économiquement faibles, comme ils disent dans les beaux salons – je pourrais m’enorgueillir un peu, seul devant ma glace, le matin.

Une fois poussé la porte, je me demande si je ne me suis pas justement trompé de porte. Pourtant non. Je vais direct à un bureau d’accueil : on me dit de patienter sur une chaise, on viendra prendre en compte ma candidature de bénévole.
Et c’est là, en attendant comme chez le médecin, que mon image-toute-faite du Secours pop commence à s’effriter. La porte que j’ai poussée donne sur une ruche avec des jeunes affairés, des retraités souriants, des battants qui n’arrêtent pas de s’ouvrir et de se fermer. Rien à voir avec un patronage de bienfaisance. Je suis juste au milieu de gens qui aident des gens.

Lors de la visite des locaux, plein de rencontres de tout poil : la compta, l’épicerie, l’accueil, celles et ceux (où l’inverse) qui s’occupent des bouillonnements culturels, des pratiques sportives, de la communication, des bénévoles, des Copains du monde…

Et pis aussi, les chauffeurs matinaux, la machine à café, les cartouches d’encre de l’imprimante, les travailleurs pauvres, les statistiques de l’an passé (les besoins augmentent), la lecture, les punaises de lit dans les logements du Spf63, les vacances des petiots, l’accompagnement scolaire et plein de bonnes choses encore… Une vraie P(etite) M(oyenne) E(ntreprise) !
Et je suis quoi, là-dedans ? Juste un anonyme en train de se faire convaincre-entraîner. Du coup, pas ou moins de sourires-facilement-complices devant ma glace matinale.

Février

Il fait froid, c’est février en Auvergne. L’épicerie s’ouvre les aprèm’ et ceux du quartier, vous savez, le quartier d’à côté de chez vous, savourent dé-jeûner, tout simplement.

Les migrants ont besoin, et le café-chocolat chaud du mardi matin est donc bien apprécié. Surtout par ceux qui ont dormi dehors. Ils viennent de loin, de très loin et d’ailleurs aussi. Ils ont faim, les parents viennent en même temps chercher des couches pour les tout petits, du lait pour nourrisson.

Ben flûte et re-zut, j’ai fait tomber la glace de ma salle de bain, elle est toute fissurée maintenant. Pas grave, j’en ai moins besoin.